Démarche artistique
Une recherche de simplicité
Créer, pour moi, consiste à chercher un langage sensoriel capable de relier l’intérieur à l’extérieur, le visible à l’invisible, l’intime au collectif. Dans cette recherche, la couleur devient le vecteur central de l’expérience.
Ma pratique tend vers une forme de simplicité essentielle. Revenir à ce qui fonde la peinture : la couleur, la lumière, et le rapport direct entre la surface peinte et le regard.
Au fil des années, mon travail s’est progressivement épuré. Simplifier, réduire, enlever — jusqu’à ce que la peinture devienne empreinte, trace, presque apparition. Je poursuis une forme de libération du geste : que le pigment semble advenir par lui-même, affranchi du poids des conventions et des attentes esthétiques.
Je cherche à faire de la peinture sans “utiliser” de peinture.
Créer des œuvres qui donnent la sensation de s’être faites seules.
Tendre vers une présence plutôt qu’une démonstration.
Du figuratif à la dissolution du sujet
Mes premières séries étaient profondément figuratives et narratives. L’image, le récit, les symboles occupaient une place centrale, notamment dans la fresque Cosmogonie.
Progressivement, j’ai ressenti la nécessité de m’en détacher. Dans les séries Paysages de l’Allier, Champs et la Fresque des 4 saisons, le sujet s’est simplifié, fragmenté, réduit à des zones peintes essentielles. La narration s’est effacée au profit d’une présence plus directe.
Parallèlement, j’ai abandonné les outils traditionnels — pinceaux et feutres — pour explorer de nouvelles manières de diffuser et d’orienter la couleur dans les quatre directions de l’espace pictural. J’ai également utilisé d’autres types de supports, notamment des bâches plastiques de différentes sortes.
Les séries Peaux, Drap Peaux, Fracas et Études Forme / Fond ont ensuite approfondi une recherche centrée sur la texture et la matérialité de la surface.
La série Floating Cross marque une étape décisive. Le sujet y est d’abord décomposé en lignes verticales et horizontales, réduit à son ossature. Puis toute référence explicite disparaît progressivement : le sujet se dissout pour laisser place à la seule couleur.
La couleur comme présence
À partir de cette évolution, la représentation cesse d’être l’enjeu principal. Ce qui importe désormais est l’intensité chromatique, la vibration, la tension entre les surfaces.
La couleur agit comme un champ d’énergie. Elle ne décrit plus : elle se déploie, se confronte, s’équilibre. Elle devient langage émotionnel, espace de correspondance entre expérience intérieure et perception partagée.
Mon travail dialogue indirectement avec une tradition de la peinture où la couleur devient espace, sans pour autant s’y référer formellement. Il s’agit moins de s’inscrire dans une filiation que de prolonger une interrogation toujours actuelle sur la capacité de la couleur à produire une expérience sensible autonome.
Position actuelle
L’utilisation du « dépliage » comme procédé d’application constitue une étape supplémentaire vers la libération du geste. Ce mode opératoire permet une transmission plus directe et spontanée de la couleur et de la matière vers le regardant.
Aujourd’hui, je tends vers une peinture qui semble se construire d’elle-même, où l’intervention s’efface au profit d’une apparition. Le tableau n’impose plus un récit : il propose une expérience.
La surface devient un lieu de présence, un espace de tension et de respiration. La couleur y agit sans médiation, dans une relation immédiate avec le regard.
Ce que je cherche désormais, ce n’est plus à représenter, mais à faire advenir. Créer les conditions d’une rencontre simple, directe, où la peinture existe pour elle-même et par elle-même.